Oyez, oyez braves gens, damoiselles et damoiseaux !
La sculpture du Moyen Âge se raisonne et se met en scène les 30 et 31 janvier prochain à la Fondation Singer-Polignac et à l'Institut National d'Histoire de l'Art à Paris.
Veuillez trouver ci-après le programme de ces deux journées de conférences :
Miscellanées d'expositions, d'ouvrages, d'images, de thèmes et de sujets de réflexion pour titiller vos sens et vos méninges.
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lundi 23 janvier 2012
vendredi 30 décembre 2011
Exposition "Sorcières. Mythes et réalités"
L'Adresse Musée de la Poste
23 novembre 2011 au 31 mars 2012
23 novembre 2011 au 31 mars 2012
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| © Anne-Sophie Lesage-Münch |
Double, double, toil and trouble ;
Fire burn and cauldron bubble.
(Shakespeare, Macbeth, Acte IV, sc.1)
"L'Europe des Esprits ou la fascination de l'occulte" au musée d'Art moderne et contemporain de Strasbourg, "Les fables du paysage flamand au XVIe siècle : du merveilleux au fantastique" au Palais des Beaux-Arts de Lille, "Von Schönheit und Tod. Tierstillleben von der Renaissance bis zur Moderne " (La Beauté et la Mort. Natures mortes animalières de la Renaissance à l'époque moderne) à la Staatliche Kunsthalle de Karlsruhe et maintenant la sorcellerie au Musée de la Poste de Paris... l'Etrange, le Macabre et l'irrationnel ont le vent en poupe, et ça fait du bien !
Ne nous réjouissons pas trop vite cependant... Halloween se mange une main d'ennui devant le scepticisme soupçonneux des français, les têtes de mort envahissent les culottes en coton jaune poussin tandis que les vampires s'appellent Bill et brillent au soleil comme une Barbie Sirène Surfeuse sous les guirlandes du sapin...
De fait, et comme toujours quand il s'agit de connaître et de comprendre, le salut n'est pas dans la démocratisation mais bien dans l'éclectisme et la curiosité. Mais glissons, glissons, ...
vendredi 11 novembre 2011
Happy DDay Martin !
11 novembre, jour du Souvenir.... certes... mais pas que...
A long long time ago in a galaxy far far away, à savoir le diocèse de Candes au jour du 11 novembre de l'an 397, saint Martin, évêque de Tours, expira.
A long long time ago in a galaxy far far away, à savoir le diocèse de Candes au jour du 11 novembre de l'an 397, saint Martin, évêque de Tours, expira.
Quid de saint Martin, en bref... Fils de soldat devenu soldat bien malgré lui, Martin, originaire de Pannonie, partit défendre la Gaule contre les envahisseurs barbares. En garnison à Amiens, il offrit la moitié de son manteau à un pauvre dévêtu, épisode parmi les plus célèbres de l'hagiographie du futur évêque qui donna naissance au thème iconographique dit de la "Charité de saint Martin". Le schéma traditionnel de ces images, qui se développeront sur la plupart des supports de l'art médiéval, comprend la figure de saint Martin à cheval, coupant un pan de son manteau à l'aide d'une épée pour l'offrir au pauvre hère qui se tient devant lui.
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| Saint Martin partageant son manteau Bréviaire à l'usage de Paris - Maître de Bedford ; Maître de Boucicaut Paris - vers 1414 Châteroux BM - ms - 0002 / f.404v © IRHT |
Las d'occire du barbare et décidé à vivre en "soldat du Christ", Martin se plaça sous la protection de saint Hilaire de Poitiers, inaugurant ainsi une longue vie de conversion, de lutte contre les hérésies et de miracles en tous genres. Attaqué par des voleurs, il convertit l'un d'entre eux, empoisonné à l’hellébore, il survécut à force prières ; il ressuscita un mort pour lui donner le sacrement du baptême, rendit la vie à un pendu afin qu'il fasse pénitence.
dimanche 6 novembre 2011
Le vieux plomb de la semaine
Enseigne de pèlerinage : saint Léonard
Quand le "Vieux plomb de la semaine" rencontre l'actualité...
Figurez-vous qu'aujourd'hui dimanche 6 novembre, nous (quoique pour ma part, cela reste tout de même très théorique), nous, donc, célébrons la Saint-Léonard ! Une commémoration illustrée fort à propos par l'un de ces proverbes dont je mets quiconque au défi de faire usage dans une conversation courante "A la Saint-Léonard, tout la vermine part !"
Mais commençons par le commencement... la "menue choseite de plon" du jour...
mercredi 13 juillet 2011
Exposition "Maya. De l'aube au crépuscule. Collections nationales du Guatemala" - Musée du Quai Branly (Partie I)
Tout vient à point à qui sait attendre...
Pour commencer, quelques repères chronologiques....
... et géographiques....
En Février dernier, souvenez-vous, la Pinacothèque de Paris devait renoncer à son exposition Les masques de jade mayas pour cause de très gros refroidissement dans les relations franco-mexicaines... RIP l'Année du Mexique en France...
Le Musée du Quai Branly propose, depuis fin juin, sa propre excursion en pays maya à travers la présentation de plus de 160 oeuvres provenant des collections nationales du Guatemala. Optant pour un parcours chronologique, l'exposition utilise les découvertes de sites récemment explorés pour retracer les grandeurs et décadences de la civilisation maya avant de se clore sur une série de photographies contemporaines visant à démontrer la permanence de pratiques ancestrales dans la société guatémaltèque actuelle.
Pour commencer, quelques repères chronologiques....
... et géographiques....
vendredi 15 avril 2011
Le Tableau du jour - 15 avril
Et oui ! les oiseaux chantent, mes chats perdent leurs poils et voilà que renaît ma petite rubrique "le tableau du jour" qui fait sur ce blog sa première apparition.... allez, on applaudit pour l'encourager !
Le 15 avril 1452 au coeur de la campagne florentine, dans la bourgade de Vinci, venait au monde un petit Leonard qui allait révolutionner le monde de la pensée et des arts. Pour fêter cet heureux évènement, certains passionnés pourront aller faire un pèlerinage dans les salles du Louvre (pas besoin d'être chômeur puisque ce soir, c'est nocturne au musée !), d'autres se contenteront de ce billet...
Notre tableau du jour sera donc celui-ci, le Saint Jean-Baptiste, toile d'une étrangeté magnétique devant laquelle je finis toujours béatement plantée au milieu de la Grande Galerie.
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| Leonard de Vinci, Saint Jean-Baptiste Huile sur panneau de bois - 69 x 57 cm 1513 - 1516 Musée du Louvre, Paris |
Je ne vous parlerai pas de l'effet d'émergence de la figure, de sfumato ou encore de travail de la lumière. Je m'arrêterai simplement sur la figure de saint Jean-Baptiste, le Précurseur, le dernier prophète, patron de Florence et de nombreuses corporations de métiers, notamment des couteliers (la décapitation ça prête à patronage...). Pour bien fixer les esprits, on rappellera simplement que JB prêchait la venue du Messie dans la région du Jourdain, invitant les fidèles à un baptême de pénitence, qu'il opéra le baptême du Christ lui-même et mourut en martyr, décapité sur la demande de Salomé.
Avant, dans l'histoire de la peinture, les représentations de JB c'était plutôt ça :
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| Paolo Veneziano saint Jean-Baptiste (détail) peinture sur bois 1354 Musée du Louvre, Paris |
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| Giovanni del Biondo Retable de saint Jean-Baptiste Tempera sur bois 1360 - 70 Collection Bonacossi, Florence |
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| Lippo Memmi saint Jean-Baptiste Tempera sur bois vers 1325 Lindenau-Museum, Altenbourg |
On gagnait en ermite ce qu'on perdait en jeune pâtre grec... Depuis les premières représentations de l'art paléochrétien, la figure de saint Jean-Baptiste a connu de nombreux types iconographiques : le philosophe, le berger avec sa houlette, le prête de l'Ancien Testament, le martyr, etc. Mais celui qui le définit véritablement dans l'imaginaire collectif, c'est celui de l'anachorète vivant au désert, hirsute, barbu et émacié, vêtu d'une tunique en poils de chameau et mangeant des sauterelles. Pour Pastoureau, cet aspect est présent dans l'art depuis l'époque de Constantin, soit le IVe siècle ; pour Emile Mâle, on doit sa diffusion en Occident au XIIe siècle à la peinture byzantine où le JB ascète est conçu comme un modèle fondamental du monachisme à l'oriental.
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| Français 241, f.49v 1348 |
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| Geertgen tot Sint Jans Huile sur bois 1485-1490 Gemaldegalerie |
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| Florin d'or - XIVe |
Saint Jean-Baptiste se caractérise traditionnellement dans l'art par la présence d'un attribut particulier: l'Agneau. Non pas le charmant bovidé éponyme de notre petite Agnès, mais bien l'Agneau divin, le Christ lui-même, à la fois sacrifié et rédempteur. Il est bien entendu que cette association se fonde sur la célèbre parole de JB voyant le Christ marcher devant lui : "Voici l'Agneau de Dieu" (Jn, 1, 36). Si bien que l'on ne compte plus les différentes adaptations du motif : agneau dans un médaillon (ou plutôt une auréole), Agneau crucifère à l'extrémité d'un bâton, l'agneau présenté sur le Livre, l'agneau réel paissant, etc. Second attribut, et non des moindres, la croix à longue hampe, semblable à celle dont les artistes dotent le Christ lors de la Résurrection.
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Que conserve de cette tradition picturale et exégétique (l'un allant rarement sans l'autre) le saint Jean-Baptiste réalisé par de Vinci ? Plus de pilosité inculte, de silhouette éthique ou de regard exalté. Toute trace d'ascétisme a été effacée. Disparue la tunique en poils de chameau ceinturée à la taille ; la peau de bête s'enroule mollement autour de son corps à la mode antique. Figure juvénile aux boucles cuivrées arborant le sourire de celui qui sait, ce Jean-Baptiste n'est pas simplement un génie des eaux déguisé en saint. Il tient à la main une fine croix de bois qui flotte dans l'ombre et accompagne l'élan du bras. Ce geste vers l'Ailleurs nous le rencontrons déjà dans les représentations antérieures, il signifie le rôle même du prophète : désigner l'Invisible. Danseur à la grâce apollinienne, Jean-Baptiste nous invite à nous déprendre de la beauté de cette apparition pour nous tourner vers le Vrai, le Beau ou le Bon, qu'importe comment vous le nommerez, vers ce qui est de toute éternité, au-delà de l'ombre du monde. Saint Jean-Baptiste devient ainsi une figure archétypale de la métaphysique de la Lumière.
That's all folks !
mardi 12 avril 2011
Le vieux plomb de la semaine
Après dix jours à tourner autour de mon éditeur de texte comme une hyène autour d'une carcasse, se demandant par quel bout l'attaquer, je me décide enfin à redonner un peu de sang neuf à ce blog laissé en jachère depuis bien trop longtemps...
Notre vieux plomb de la semaine n'est autre qu'un méreau de la corporation des boulangers de Paris, conservée au Musée National du Moyen Âge - Thermes de Cluny. Voilà la bête, tadaa !
Vous n'êtes pas beaucoup avancés ? ça va venir...
Comme d'habitude, prenons les choses dans l'ordre : que voyons-nous ? Un disque métallique d'un peu moins de 3mm de diamètre (ou bon là, je vous aide) présentant sur ses deux faces un décor historié.
Sur la face A est figuré un évêque (chasuble, mitre et crosse) dont la tête est nimbée (signe qu'il s'agit d'un personnage saint) ; de la main droite, il semble présenté un élément sphérique. L'espace est clairement défini : le sol est figuré par une zone de guillochis, des rinceaux végétaux emplissent le champ. Bien... brisons là le suspens, il s'agit de saint Honoré, évêque d'Amiens du VIe siècle et patrons de boulangers.
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| Miniature - Angers-BM-SA 3390 / f.011 Paris - 1493 Copyright IRHT-CNRS |
Ce patronage trouve son origine dans un récit légendaire, celui du "miracle du fourgon"... Honoré, fils d'une riche famille, aimait à regarder la préparation du pain au cuisine. Un jour, il confia ainsi à sa nourrice son désir de devenir prêtre. Occupée à enfourner son pain, la pauvre femme s'amusa de la déclaration de l'enfant et s'écria : "Tu seras évêque quand ma pelle aura des feuilles !"... les voies du Seigneur étant impénétrables et souvent croquignoles, le fourgon de bois pris racines et se changea en un arbre splendide (tant qu'à faire) chargé de feuilles et de fruits.
Il n'en fallait pas plus pour que l'attribut caractéristique de l'iconographie de notre saint devienne la fameuse pelle de boulanger chargée de pains.
Et pourtant point de pelle sur notre plomb... quid de ce pain rond (c'était donc cela..) que notre saint brandit fièrement ? Bon alors, j'ai ma petite idée... Une petite souris philologue m'a dit que le terme "boulanger" viendrait de l'ancien français bolla signifiant pain rond. Du coup, notre sainte miche serait le produit emblématique de la profession et pourrait même tenir lieu de figure parlante ! Vous trouvez que je m'emballe ? Attendez, c'est pas fini ! la forme circulaire... le pain... ça ne vous rappelle rien ?
Voilà, vous y êtes. Or, les récits qui peuplent la vie de saint Honoré racontent qu'un jour, alors qu'il célébrait la messe de Pâques, la main du Christ apparut, se saisit d'une hostie et lui donna la communion. Une évocation de ce miracle ? Cela se peut.
En outre, la présence de ce pain rappelle le rôle du boulanger dans la fabrication du pain eucharistique tout en signifiant la dimension symbolique du pain dans ces sociétés chrétiennes médiévales. Ainsi, les rinceaux présents dans le champ évoquent certes le "miracle de la pelle" mais sont également une image de la vie, tant matérielle que spirituelle, tout comme le pain.
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Ceci étant dit, passons à la face B. La scène est ici profane. Elle présente un artisan boulanger, en tenue de travail et étrangement coiffé d'une petite toque garnie d'une plume (je vous le dis tout de suite, je n'ai pas d'explication à cela). Représenté dans son activité quotidienne, l'artisan apparaît ici enfournant une pelle (ou fourgon) chargée de deux pains dans un four rond. Comme sur le revers, le champ est orné de rinceaux.
De quoi s'agit-il ? C'est là qu'une petite définition du méreau s'impose... et on ne soupire pas au dernier rang...
Le méreau est un objet monétiforme, terme barbare s'il en est signifiant qu'il adopte la forme d'une monnaie sans pour autant en avoir les fonctions. Durant le Moyen Âge, il tenait lieu de jeton, de bon-pour ou encore de ticket, si on veut lui donner des équivalents actuels. Ce type d'objet apparaît probablement au XIIe siècle mais son usage ne se développera véritablement qu'aux XIVe et XVe siècles où on lui connaît pas moins d'une vingtaine de fonctions.
Produit par des personnes privées ou des collectivités d'ayant pas le droit de battre monnaie, il pourra être utilisé comme pseudo-monnaie, sans valeur réelle mais déterminée par des conventions locales. Distribués aux chanoines ou aux prêtres, les méreaux attestent de la présence aux offices (au cas où il viendrait à l'esprit de certains malinoux de sécher les vêpres...) ; les méreaux ecclésiastiques peuvent également être distribués aux pauvres qui peuvent les échanger contre des biens en nature ( de la nourriture, bande de vicieux...). Ces pièces peuvent également servir d'attestation et de règlement d'un travail ou encore d'un péage. On connaît également des méreaux de compte, utilisés pour les opérations comptables, et des méreaux de jeu.
Les corporations de métiers, quant à elles, éditaient toutes sortes de méreaux. Certains étaient offerts comme signe d'admission dans la communauté, d'autres étaient distribués lors de fêtes laïques ou religieuses afin d'être échangés contre des rafraîchissements (glissons sur les écarts gastronomico-éthyliques qui ponctuaient annuellement la fête du saint patron...). Enfin, certaines pièces, d'un plus petit diamètre servaient de jetons de contrôle, délivrés après inspection des maîtres jurés.
La plupart cependant étaient utilisés comme jeton de présence aux assemblées de la corporation et devaient être remis à l'entrée dans la salle. On peut donc supposer que notre méreau, daté du XVe siècle, a été coulé à cette fin. La fonction de l'objet est donc peu ou proue établie, mais son intérêt ne s'arrête pas là...
La plupart cependant étaient utilisés comme jeton de présence aux assemblées de la corporation et devaient être remis à l'entrée dans la salle. On peut donc supposer que notre méreau, daté du XVe siècle, a été coulé à cette fin. La fonction de l'objet est donc peu ou proue établie, mais son intérêt ne s'arrête pas là...
L'ensemble des méreaux de corporation utilisés dans un contexte laïc (à distinguer des méreaux émis dans le cadre de confréries religieuses liées aux métiers) présentent une face à décor religieux, figurant généralement le saint patron, et une face à décor profane que l'on orne de l'emblème de la corporation. Cette coutume participe du mouvement de vulgarisation de l'héraldique qui caractérise la fin du Moyen Âge. Corporations, artisans et marchands se dotent de sceaux, des blasons, de bannières où s'affiche l'emblème, le signe conventionnel, qui dira leur identité, leur vertus ou leur fonction.
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| Méreau de la corporation des tailleur de robes Emblème : la paire de ciseau |
On peut envisager qu'il s'agit là d'un choix par défaut, le produit (le pain) étant en soit peu identifiable de même que l'instrument. La présence du four et du fourgon permettrait de caractériser à coup sûr la profession. Mais cette hypothèse n'épuise pas les significations de l'image. Ne peut-on pas voir ici une mise en oeuvre des valeurs chrétiennes du travail ? Cette image n'exprime-t-elle pas une certaine fierté de l'artisan, conscient du caractère vital de son activité au sein de la ville ? Le savoir-faire se traduit ici non pas par la ressemblance du produit fini ou par la justesse de l'outil mais bien par l'attitude et la maîtrise du geste. La question reste pleinement ouverte et je crois savoir à quoi vont se consacrer mes neurones dans les jours à venir.... Affaire à suivre.
jeudi 7 octobre 2010
"D'or et de feu" : l'art slovaque s'expose à l'Hôtel de Cluny / # 1
Aujourd'hui état indépendant, la Slovaquie constitua pendant près de mille ans la partie septentrionale du Royaume de Hongrie. Cette "Haute-Hongrie", va connaître à partir du XIVe siècle un essor extraordinaire. Sa puissance économique, fondée sur l'exploitation minière, apporte la prospérité et avec elle sa cohorte de grands commanditaires venus de pays germaniques.
La Slovaquie devient ainsi l'un des principaux foyers artistiques du XVe siècle, s'imposant comme un représentant majeur de cette "troisième Europe" qui, aux portes de l'Islam, ne cesse de s'épanouir à la frontière des mondes latin et orthodoxe.
Cette diversité culturelle et religieuse permet l’émergence de figures artistiques locales qui, effectuant "une synthèse des styles des régions environnantes, [génèrent] un art qui leur est propre, fait de monumentalité et de sens dramatique".
Cette diversité culturelle et religieuse permet l’émergence de figures artistiques locales qui, effectuant "une synthèse des styles des régions environnantes, [génèrent] un art qui leur est propre, fait de monumentalité et de sens dramatique".
En 2009, l'exposition "Le Bain et le Miroir" consacrait la réouverture de cet espace muséal hors du commun que sont les vestiges des termes de Cluny, en particulier cette splendide "salle froide" dont la voûte de 15m de haut vient de faire l'objet d'une importante campagne de restauration. Clair et grandiose, le frigidarium met parfaitement en valeur la soixantaine d'oeuvres exposées dont les couleurs flamboyantes et la richesse décorative se dessinent sur fond de parement gallo-romain en briques et calcaire. Le parcours muséographique s'organise en trois temps :
1. L'art des retables : peinture de panneaux et sculpture ;
2. L'orfèvrerie en Slovaquie : un art de synthèse
3. Les manuscrits enluminés et les lettres d'armoiries dans le royaume de Hongrie au Moyen Âge.
2. L'orfèvrerie en Slovaquie : un art de synthèse
3. Les manuscrits enluminés et les lettres d'armoiries dans le royaume de Hongrie au Moyen Âge.
Il est temps, à présent, d'approcher d'un peu plus près ces chefs-d'oeuvres...
Ndlr : Le présente article s'intéresse en priorité au premier temps de l'exposition, non par favoritisme mais par souci d'illustration. Les pièces d'orfèvrerie, exposées en vitrine dans la pénombre des therrmes, ne pouvaient faire l'objet de clichés réellement satisfaisants, tandis que mon petit coeur de conservateur en devenir n'a pas pu se résoudre à mitrailler les manuscrits présentés...
Ndlr : Le présente article s'intéresse en priorité au premier temps de l'exposition, non par favoritisme mais par souci d'illustration. Les pièces d'orfèvrerie, exposées en vitrine dans la pénombre des therrmes, ne pouvaient faire l'objet de clichés réellement satisfaisants, tandis que mon petit coeur de conservateur en devenir n'a pas pu se résoudre à mitrailler les manuscrits présentés...
Christ tenant l'âme de la Vierge de Spissky Stvrtok
Bois (tilleul) - autrefois polychrome
Nuremberg - après 1450
Kosice, Vychodoslokenska galeria
Elément de retable, cette sculpture illustre un thème iconographique de la tradition byzantine : le Christ et l'animula de la Vierge. Cette image, fortement conceptualisée, représente le Christ recevant l'âme de sa mère au jour de sa mort (ou Dormition de la Vierge). De nombreuses icônes associent ainsi le groupe des apôtres pleurant sur le corps de la Vierge au Christ tenant dans ses bras un jeune enfant emmailloté, allégorie de l'âme de la Theotokos ("Mère de Dieu"). Cette image est liée à la croyance devenue dogme selon laquelle la Vierge, au terme de sa vie terrestre, aurait été élevée en corps et en âme à la gloire céleste. Le schéma iconographique retenu par l'artiste reproduit ici celui des Vierges à l'Enfant médiévales.
Trône de Grâce
Bois (tilleul), polychromie
Comte de Spis ou Saris - vers 1500
Bardejov, église catholique romaine Saint-Gilles
Ici encore la mise en oeuvre d'une iconographie qui mérite quelques précisions... il s'agit du thème dit du "trône de grâce" qui associe le Christ, Dieu le Père et la colombe du Saint-Esprit (ici manquante). Cette image par essence synthétique (non-narrative) se présente donc comme une représentation de la Trinité ; elle est à ce titre également appelée "Trinité verticale". Ce thème, qui n'a pas de sources bibliques directes, se développe à partir du IVe siècle : Dieu le Père en majesté apparaît présentant son Fils crucifié, la colombe faisant le lien entre leur deux visages. A partir du XIVe, le thème gagne en pathétique et c'est dorénavant le cadavre du Christ que le Dieu le Père soutient et présente au croyant.
Relief de la Nativité dit de Hlohovec
Bois (tilleul), polychromie
Vienne et Bratilava - vers 1480/1490
Prov. Cathédrale Saint-Martin, Bratislava
Prov. Cathédrale Saint-Martin, Bratislava
Bratislava, Sloveska narodna galeria
Cette oeuvre surprenante permet d'apprécier les grandes caractéristiques de l'art des retables slovaques : la monumentalité, l'opulence des décors et la complexité de la structure architecturale.
Cette oeuvre surprenante permet d'apprécier les grandes caractéristiques de l'art des retables slovaques : la monumentalité, l'opulence des décors et la complexité de la structure architecturale.
Sculptures des saints hongrois Etienne et Ladislas
Bois (tilleul), polychromie
Comté de Spis - début du XVIe siècle
Budapest, Magyar Nemzety Galeria
Saint Etienne Ier de Hongrie est considéré comme le fondateur du Royaume de Hongrie. Converti au catholicisme à l'âge de dix ans, il est couronné le roi le jour de Noël de l'an 1000 et imposera le christianisme en Hongrie.
Saint Ladislas Ier fut roi de Hongrie de 1077 à 1095 et canonisé en 1192 pour avoir achever la christianisation du royaume.
Saint Etienne Ier de Hongrie est considéré comme le fondateur du Royaume de Hongrie. Converti au catholicisme à l'âge de dix ans, il est couronné le roi le jour de Noël de l'an 1000 et imposera le christianisme en Hongrie.
Saint Ladislas Ier fut roi de Hongrie de 1077 à 1095 et canonisé en 1192 pour avoir achever la christianisation du royaume.
Saint Nicolas Saint Saint Nicolas de Plavec
Bois (tilleul), polychromie
Comté de Spis - fin du XV et début du XVIe siècle
Bratislava, Slovenska Narodna galeria / Bardejov, Sarisske Muzeum
Les trois sphères que tient ici le saint dans sa main gauche font référence à l'un des épisodes de sa vie, celui dit des trois bourses d'or. Apprenant qu'un homme, réduit à la plus extrême des pauvreté, envisageait de prostituer ses trois filles, saint Nicolas leur fit en secret une dotation en jetant par la fenêtre de leur maison trois sac de pièces d'or. Les jeunes filles purent ainsi se marier et échapper à un destin tragique. Rapporté par Voragine, cet épisode fait de saint Nicolas une des principales figures de doteur charitable.
Deux évêques provenant de Marianka
Bois (tilleul)
Vienne - après 1500
Bratislava, Slovenske Narodne muzeum, Historicke muzeum
Bois (tilleul), polychromie / 148,5 cm
Vienne et Bratislava - vers 1480/1490
Vel'ky Biel, église catholique Sainte-Croix
jeudi 2 septembre 2010
Le vieux plomb de la semaine
Enseigne de pèlerinage : saints Côme et Damien
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| Enseigne de pélerinage : Saints Côme et Damien Matériau : alliage plomb et étain (moulé) Diamètre : 31 mmm Prov. Luzarches, Val d'Oise (?) Cons. Musée Carnavalet |
Avant toute chose, commençons par examiner cet objet a priori informe et illisible... oui, oui, je vous entends soupirer... "qu'est ce que c'est encore que ce vieux bout de plomb qu'elle essaie de nous faire prendre pour une pépite d'or..." et pourtant...
Donc, que voyons nous ? Une plaque circulaire de 3 cm de diamètre portant un décor historié sur son avers ; le revers étant laissé nu (peut-être pour y placer un mode de fixation ou suspension aujourd'hui perdu...). Cette image, bien qu'abimée par le temps et les eaux de la Seine où elle fut découverte, peut-être identifiée. Il s'agit d'une représentation des saints Côme et Damien, figurés debout en position frontale de part et d'autre d'un évêque dont on ignore l'identité.
Et cela comment le sait-on ? et bien parce que les personnages sont nimbés (nimbe étant le terme adéquat pour auréole), ce qui signifie qu'il s'agit de personnages saints. En outre, le personnage central est coiffé d'une mitre et tient une crosse, attribut caractérisant en particulier les évêques (ou bon d'accord y'a les abbés aussi mais bon...). Quant à nos saints, ils portent le manteau à col de velours et le bonnet des médecins qui les caractérisent dans l'iconographie religieuse ; de plus, ils tiennent dans leur mains un pot à onguent...attribut également caractéristique... pourquoi ? vous allez tout comprendre...
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| Miniature : saint Côme et saint Damien Bréviaire à l'usage de Paris / vers 1414 Châteauroux - BM - ms. 0002 / f.343v Crédit : IRHT - CNRS |
Qui sont ces saints que je peine ici à voir ? Côme et Damien étaient des frères jumeaux venus d'Arabie en Cilicie (sud-ouest de l'actuelle Turquie) pour y exercer gratuitement la médecine et ainsi diffuser la foi chrétienne auprès de leurs patients. Leur science associée à un don divin leur fit accomplir de nombreuses guérisons miraculeuses si bien que les patients et futurs convertis affluèrent de toutes parts.
Ceci ne fut pas vraiment du goût de l'administration romaine... nous sommes alors à la fin du IIIe siècle, sous le règne de Dioclétien, qui n'épargnait pas ses efforts dans les persécutions anti-chrétiennes. Nos deux frères anargyres (qui n'acceptent aucune rétribution) furent donc accuser de séduire le peuple et de faire déserter les temples des dieux. Refusant de renier leur foi, ils furent exécutés ou, en termes hagiographiques, ils subirent le martyr.
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| Saint Côme et saint Damien sauvés de la noyade Zanobi Strozzi Tempera sur bois - vers 1435 Museo di San Marco, Florence |
Les détails de leur supplice ses multiplièrent à mesure que leur légende se constituait... On rapporte qu'ils furent enchaînés dans ma mer d'où un ange vint les sauver. Ils furent ensuite brûlés vifs attachés à un poteau mais les flammes se retournèrent contre leur bourreaux (une bête histoire de vent, je présume). On voulut les faire lapider puis transpercer par les flèches mais aucun projectile ne les touchait. A court d'idée, le proconsul Lysias les fit décapiter, ce qui demeure la solution la plus efficace.
Les restes des martyrs, jugés miraculeux, furent enterrés à Cyr, ville épiscopale de Théodoret (Syrie). L'empereur Justinien (527-565) transféra leurs reliques à Constantinople où il fit construire et orner une église qui leur fut dédiée et devint un lieu de pélerinage. À Rome, le pape Symmaque (498-514) leur dédia un oratoire et Félix IV (526-530) une basilique au Forum, dont les mosaïques sont parmi les plus précieux vestiges de la cité.
Le culte de ces saints guérisseurs orientaux se répand en Occident grâce à la Légende dorée de Voragine (oh surprise !), c'est-à-dire dans la seconde moitié du XIIIe siècle. Un miracle atypique leur est attribué que l'on verra souvent représenté : la guérison du diacre Justinien.
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| Guérison de Justinien par saint Côme et saint Damien, Fra Angelico Tempera sur bois / 1438-1440 Museo di San Marco, Florence |
Guérison atypique donc car elle aurait résulté de la greffe d'une jambe empruntée à un Noir défunt sur le sacristain atteint d'une gangrène gazeuse. Il n'en fallut pas plus pour que Côme et Damien deviennent les saints patrons des chirurgiens et des barbiers. C'est pourquoi ils apparaissent également au revers d'un méreau de la corporation des barbiers-chirurgiens, exécutants des basses oeuvres chirurgicales, également découvert et étudié par Forgeais.
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| Eglise Saint-Côme-saint-Damien, Luzarches / XIIe- XVIe Crédit : RMN - Médiathèque du Patrimoine |
Ce culte, comment souvent, s'appuyait sur la vénération de reliques qui furent rapportées de l'Orient au XIIe siècle par Jean de Beaumont, seigneur de Luzarches, parti en croisade. Il confia une partie des saints reliques à l'Eglise de Rome, en déposa également à Paris, dans l'église Saints-Côme-et-Damien disparue en 1836, puis en offrit à la collégiale de Luzarches qui devint un important centre de pèlerinage de la région parisienne.
Cette "dispersion" des reliques sur le territoire français ne nous permet donc pas d'affirmer que cette enseigne vienne d'un sanctuaire plutôt que d'un autre. On notera cependant que deux exemplaires similaires, pouvant être datés du XIVe ou du XVe siècle, sont conservés au Musée National du Moyen Âge à Paris, ce qui témoigne de la relative fréquentation du sanctuaire qui les produisait.
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| Saint Côme et saint Damien Bois peint / H.130 cm / XVIIIe église paroissiale Saint-Damien Brémur (Bourgogne |
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| Miniature : saints Côme et Damien Bréviaire romain / Fin du XVe siècle Clermont-Ferrand - BM - ms. 0069 / f.558vCrédit : IRHT - CNRS |
Et c'est ainsi qu'un petit bout de plomb, aujourd'hui oublié dans le tiroir en métal d'un cabinet de numismatique nous met sur la piste de jumeaux chirurgiens venus d'Orient pour greffer une jambe d'éthiopien sur un diacre et essaimer leurs crânes aux quatre coins de l'Europe...Madrid, Münich ou encore Brageac en Cantal revendiquant la possession de ces illustres reliques...
Qui a dit que les enseignes ne savaient pas parler ? :)
mercredi 1 septembre 2010
Les lanternes des morts
La lanterne des morts de Sarlat (Dordogne)
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Lors de mon escapade en Périgord noir, je suis tombée nez-à-nez avec un monument étrange... une haute tour de forme cylindrique placée en surplomb de la cathédrale Saint-Sacerdos de Sarlat, à quelques mètres du chevet.
Intriguée, je monte quatre à quatre le chemin pavé qui y menait, passe la porte percée dans le mur de l'ancien cimetière et découvre un panneau indiquant :
"Lanterne des morts. Construite au milieu du cimetière bénédictin, son architecture est unique en France, liée à la liturgie de l'abbaye romane." Oui, certes mais tout cela ne me renseigne pas vraiment sur la finalité de la chose.
| Lanterne des morts, Sarlat-la-Canéda dite "Tour Saint-Bernard" XIIe siècle |
Quelques recherches plus loin, j'en sais un peu plus sur les fonctions et l'origine de ces bâtiments construits pour la plupart au XIIe siècle, donc dans un style roman, et que l'on retrouve essentiellement dans le sud-ouest de la France. Ces édifices maçonnés se présentent comme des tours creuses, de formes diverses, sommées d'un pavillon ajouré doté d'au moins trois ouvertures. À la base, une petite porte donne accès à un vide ménagé à l’intérieur, espace qui peut accueillir un escalier ou, plus souvent, quelques encoches latérales permettant l’ascension d’un homme.
| Lanterne des morts, Cellefrouin (Charente) XIIe siècle |
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| Lanterne des morts, Culhat (Puy-de-Dôme) XIIe siècle |
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| Tour-lanterne de Sarlat, vue intérieure de la voûte Crédit : Médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine |
Au crépuscule, un système de poulies permettait d'y hisser une lampe allumée qui devait guider les âmes des défunts vers le repos éternel, raison pour laquelle ils sont érigés aux abords des cimetières.
Une tradition celte voudrait également que la lumière ait une fonction protectrice en retenant la mort pour l'empêcher de s'abattre sur les vivants. Dès le XIXe siècle, Eugène Viollet-le-Duc recherche une filiation entre les lanternes des morts et les menhirs. Cette hypothèse repose sur l'idée selon laquelle le Limousin et le Poitou auraient respectivement été évangélisés par des moines irlandais et des Pictes.
Enfin, la cartographie des tours conservées laisse à penser que ces fanaux jalonnaient les grandes axes du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
Une tradition celte voudrait également que la lumière ait une fonction protectrice en retenant la mort pour l'empêcher de s'abattre sur les vivants. Dès le XIXe siècle, Eugène Viollet-le-Duc recherche une filiation entre les lanternes des morts et les menhirs. Cette hypothèse repose sur l'idée selon laquelle le Limousin et le Poitou auraient respectivement été évangélisés par des moines irlandais et des Pictes.
Enfin, la cartographie des tours conservées laisse à penser que ces fanaux jalonnaient les grandes axes du pèlerinage vers Saint-Jacques-de-Compostelle.
La tour-lanterne de Sarlat se dressait donc dans le cimetière de l'abbaye bénédictine d'origine carolingienne autour de laquelle s'est développée la cité médiévale. Dédiée au Sauveur et à saint Sacerdos, l'abbaye se dote ici d'un édifice évoquant probablement la tour de la Résurrection du Saint-Sépulcre de Jérusalem.
L'utilisation de la lumière dans un contexte funéraire relève d'une tradition ancienne qui se poursuit tout au long de l'époque romane. Elle trouve ses racines chrétiennes dans les textes bibliques qui font de la lumière, création divine, une préfiguration du royaume céleste mais également une manifestation du Christ, protecteur des âmes. Ces thèmes eschatologiques sont récurrents dans la liturgie funéraire romane et notamment dans de nombreuses oraisons funèbres : "Je leur donnerai le repos de l’éternité, car il est proche, celui qui viendra à la fin du monde. Soyez prêts (parate esto) aux récompenses du royaume, car la lumière perpétuelle luira sur vous durant l’éternité des temps (IV Esdr. 2, 34)".
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| L'abbaye dans un bois de chêne, David Caspar Friedrich 1809-1810 Nationalgalerie, Berlin |
La lumière est également un élément fondamental de protection contre l'angoisse de la mort, les mystères de l'au-delà et les dangers du cimetière. Lieu intermédiaire entre le monde terrestre et le Purgatoire, le cimetière est une frontière dangereuse, un lieu propice aux manifestations surnaturelles de tous ordres. On notera que c'est autour des XIe et XIIe siècles que vont véritablement se développer les récits sur les revenants, tantôt bienveillants, tantôt menaçants.
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